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Macron devant le Big Four : “Il est temps de renouer le lien entre le peuple et le thrash”

Lors d’un discours aux accents thrash des plus prononcés, le chef de l’Etat Emmanuel Macron a tenté de donner des gages aux éminents membres du Big Four, et à eux seuls. Les réactions indignées dans le reste de la sphère thrash ne se sont pas faites attendre.

Ce lundi, pendant le siège de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes par des mercenaires recrutés par l’Etat dans le noyau dur du fan club de Sabaton, alors que les cheminots entonnaient fièrement “Freight Train” de Nitro lors de manifestations plus glam que jamais, le monarque Emmanuel Macron a profité de ces diversions pour prêter allégeance aux membres du Big Four américain (faute de quoi que ce soit de Big en France). Satyr News était présent à la cathédrale Saint-Anger d’Angers où ce véritable all star du thrash metal était présent pour écouter attentivement ce que le Président de la République avait à déclarer.

Précisons que ce discours est d’une importance primordiale dans l’agenda gouvernemental. Il représente la première prise de parole officielle auprès du Big Four (Anthrax, Megadeth, Metallica, Slayer), et, de fait, auprès de tous les citoyens thrashos.

C’est donc les genoux frémissant, les jeans mal lavés et les Adidas aux couleurs de la France qui définissent le mieux les 16 sièges du premier rang, occupés par les membres actuels des groupes sus-cités. A l’entame du discours d’E.M. : “Nous avons, vous et moi, bravé les sceptiques de chaque bord”. Sourire entendu de Tom Araya.

Un ton fédérateur, c’est ce qui a prévalu dès l’entame de la longue prise de parole du président – qui a duré très précisément 47 minutes et 34 secondes, soit la durée exacte de  Ride The Lightning. Pris à parti avant son entrée dans la cathédrale par des fans de Coroner, réclamant plus de considération pour le metal suisse, le chef de l’Etat a tenu à faire entendre la volonté gouvernementale de réconcilier les Français avec le thrash metal américain. “Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre le thrash et l’Etat s’est abîmé et qu’il importe à vous comme à moi de ne pas vendre Among The Living sur leboncoin” .

“Les riffs agressifs doivent réinvestir la Mainstage de tous les festivals, nationaux comme européens”

Simplement vêtu d’un t-shirt sans manches Live Shit : Binge & Purge et d’un jeans sans marque, Emmanuel Macron, pinte de Stella Artois à la main, se laisse aller à un discours EXTREMEment bien préparé au regard du nombre de visiteurs du soir qu’il a récemment reçus à l’Elysée. Malgré son amour débordant pour le quatuor qui a donné naissance à Master Of Puppets, les experts qui scrutent le quinquennat macroniste auront noté son regard appuyé vers Dave Mustaine à un instant précis, lorsqu’il lâche quelques mots simples mais poignants en faveur des riffs agressifs, qui devaient réinvestir la “Mainstage de tous les festivals, nationaux comme européens”, afin qu’ils ne se “sentent pas aux marches de la République” et que la société dans son ensemble “retrouve le goût et le sel du rôle qu’[ils y ont] toujours joué”.

“Comme si Slayer était un acquis”

Mais si le rôle d’un président est de rassurer, tel un père fan de Tankard qui ramènerait ses enfants en voiture après avoir bu une quantité de bière largement illégale dans 9 pays sur 10 de cette foutue planète, Emmanuel Macron a également tenu à se montrer ferme. Faisant référence à l’état cathartique ressenti par chaque métalleux normalement constitué à la suite de l’écoute des CDs du Big Four, il s’exclame “Je crains que les metalleux ne se soient trop longtemps conduits comme si Slayer était un acquis. Comme si c’était normal. Comme si les passages à la double pédale de Dave Lombardo dédouanaient d’une certaine impuissance publique.” Tous les journalistes présents n’ont pu que remarquer l’exultation spontanée de Kerry King, qui en a fait tomber son bracelets à clous : “Hellyeah”.

Evidemment, quelques échauffourées ont éclaté entre Dave Mustaine et Lars Ulrich (pourtant assis à plus de trois chaises de distance) après que le président a déclaré Seasons In The Abyss “un meilleur album que Peace Sells… et Master Of Puppets“. L’art de passer la pommade sur les deltoïdes endoloris a cependant été respecté à la lettre par le chef de l’Etat : “Je considère que le Black Album n’a certainement pas pour fonction de nier le thrash au nom du dad rock, ni de déraciner de nos sociétés les riffs rapides qui nourrissent tant de nos citoyens”. Avant de faire taire les rumeurs sur un possible énième limogeage de Dave Ellefson de Megadeth, “Faut-il aujourd’hui que la loi prive les enfants de père ?” ajoute-t-il, s’insurgeant contre la “marchandisation des bassistes”. Soupir soulagé du premier intéressé. 

Mais cette tentative avouée de renouer le lien entre le peuple et le thrash ne s’est pas faite sans mal. Le président a dû se montrer direct, voire autoritaire avec les principaux acteurs de la journée : “La République attend du Big Four trois dons :

  1. Un album commun des quatre groupes. Oui, même Anthrax ;
  2. Que le dernier live de la tournée d’adieu de Slayer ait lieu à l’Empreinte de Savigny-le-Temple ;
  3. Que l’on entende la basse sur les futures rééditions de …And Justice For All.”

Tonnerre d’applaudissements dans l’assistance composée de thrasheux. Scott Ian, la larme à l’oeil, jette un breakfast burrito qui atterrit précisément dans le goitre d’Edouard Balladur, invité surprise de cette allocution présidentielle assis non loin des membres d’Exodus avec qui il partage une fiole de poppers. L’œil vide, partant d’un grand fou rire inquiétant, l’ancien premier ministre s’est montré positivement fasciné par les valeurs pro-thrash du Président.

J’entends du thrash

Pour clore son discours, Emmanuel n’a pas donné dans la demi-mesure, quitte à en faire trop selon certains commentateurs politiques : “Chaque jour le thrash accompagne des familles monoparentales, homosexuelles ou ayant recours à l’alcoolisme dans les parkings des salles de concert en essayant de concilier ses principes et le réel !” 

Cinq dernières minutes de discours où, presque habité, accompagné d’un backing band composé de Guy Fieri à la guitare, du fils de Robert Trujillo à la basse et du comeback de Phillipe Douste-Blazy à la batterie. Ses dernières paroles, il les déclame en sueur, sous une pluie de sang, les veines du cou prêtes à rompre sous la pression, sous la forme d’une véritable eulogie : “J’entends du thrash ! J’entends la place essentielle donnée à Load et Reload dans nos sociétés ! Certains principes énoncés sur Rust In Peace se confrontent à une réalité complexe et contradictoire. Le chemin que Dave et Lars partagent depuis si longtemps est aujourd’hui semé de malentendus ! Dans ce moment de grande fragilité musicale, je considère de ma responsabilité de ne pas laisser la confiance des thrasheux de la Bay Area s’éroder à l’égard des politiques, UGH !!”

“Sauf les riffs de 1984”

Les réactions n’ont pas tarder à fuser de toute part. Au second rang, Tom Angelripper de Sodom, leader du Big Four allemand, rote bruyamment sa Pils en signe de protestation : “Macron en plein délire métaphysique. Insupportable. On attend un président, on entend un sous-Bernie Bonvoisin. Le lien entre le Big Four et l’Etat n’a pas lieu d’être, Macron va trop loin, j’en suis fatigué et rouge de colère !”. Max Cavalera, ex-leader de Sepultura, s’interroge, “Mais de quoi nous parle-t-on ? Le thrash américain n’a jamais été banni du débat public ! Quel lien restaurer avec l’Etat ? En République laïque, aucun riff ne saurait s’imposer à la loi. Sauf les riffs de 1984. Juste ces riffs-là. “

Vive réaction également de Phil Anselmo, que nous retrouvons à la buvette en train de faire un shampooing à un membre de Stryper : “Quand le lien entre le thrash et l’Etat a-t-il été abîmé ? Est-ce lors du Sonisphere 2010 ? S’il doit être réparé ? Est-ce lors de la révision du style de jeu de Lars Ulrich ? ou de la chanson “A Tout le Monde” ?” 

Enfin, malgré qu’il a raté la majeure partie du discours présidentiel pour cause de “petits soucis avec [son] invitation”, l’ancien bassiste de Metallica, Jason Newsted, a également de lourds reproches à exprimer à Emmanuel Macron : “Il n’est pas dans votre rôle de réparer les parties de batterie de Lars Ulrich. Ces parties ont été irrévocablement enregistrées, par Bob Rock en partie, dans un gros studio californien. (…) A chaque fois que cet acte musical a été oublié, notre nation s’est fourvoyée”, avant de lancer cet ultime avertissement au chef de l’Etat : “Ne commettez pas à votre tour cette erreur, en tournant à l’envers les pages de l’histoire du Metal.”

Le bilan de cette opération de com’ présidentielle est mitigé. Car c’est avec davantage d’incompréhension sur la carrière de ces groupes, d’énormes doutes quant au sérieux du gouvernement, mais également beaucoup plus de bière belges dans le ventre que les reporters de Satyr News sont rentrés à la rédaction. Gageons qu’il inaugure un nouveau chapitre épique, agressif et ultra-speed dans la vie politique franco-californienne.

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