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Au concert, il se retourne et ne voit toujours pas ses potes

L’histoire affligeante d’un metalleux qui cherche ses potes des yeux avec insistance au lieu de kiffer le concert le plus important de la décennie. Sad but true.

Mardi 25 Septembre, Paris, La Boule Noire, 20h30 :

Fernando arbore fièrement son t-shirt “Lars Sucks”, pensant recueillir les regards complices de plusieurs metalheads à l’avis sulfureux vis-à-vis d’un certain petit batteur danois. Il a trop hâte de voir sur scène le All Stars Metal Band, groupe de reprises composé des grands pontes de la scène hard des années 90. Quelques membres de Megadeth, Pantera, Children of Bodom et consorts vont tout donner ce soir pour régaler un public hébété avec des classiques qu’ils n’ont, je cite, “jamais vus en live”.

Pour Fernando, c’est une double occasion de se réjouir : il est venu assister à ce concert qui s’annonce mythique avec son groupe de potes métalleux du collège. Ils écoutent encore tous les hits metal téléchargés sur Kazaa lorsqu’ils étaient en 5ème, ils ont ensemble scandé “RE-SPECT WALK” lors du dernier cours de SVT de l’été 2006, ont taggé les lyrics de “The Unforgiven” sur la voiture de Madame Rollemonde, la surveillante trop stricte qui les avait collés à cause de leur patch ANARCHIE sur leur Eastpak bleu marine… Sans oublier les cigarillos fumés dans les toilettes en hommage aux clips de Motley Crüe qu’un grand frère leur avait montré.

Ce soir, c’est la consécration pour ce groupe d’amis : 15 ans après leur rencontre au collège Léonard de Vinci d’Ecquevilly, c’est l’apothéose, le moment où ils vont montrer au monde, au public présent et aux éminences sur scène, qui sont les PLUS GROS FANS de METAL.

Quelques bières avant le concert, une cigarette menthol, allez, pourquoi pas même s’il ne fume pas… Fernando est à bloc, il est près à gueuler “à poil” tout en imitant note par note le solo joué sur scène au même instant : “C’était écrit.”

A l’intérieur

Vite, le concert va commencer. Il paraît qu’il y’a Dave Mustaine et Phil Anselmo : “Ils vont peut-être même reprendre du Black Sabbath avec Geezer Butler”, peut-on entendre murmurer dans la fosse. Un vieux métalleux blasé promet en beuglant de bouger du bar “seulement s’ils jouent deux chansons de Judas Priest !” Tout est prêt pour La soirée metal de septembre sur Paris, dont on parlera encore pendant des mois aux alentours du Black Dog© et des Furieux©. Du moins, c’est ce que pensait Fernando.

Extrêmement bien placés, au centre, un peu décalés vers le guitariste (“la place du mort”, comme il la surnomme ironiquement), Fernando et ses amis sont prêts à tout écouter avec précision et à reprendre en chœur avec les guitares les moindres mélopées issues de ces morceaux mythiques. C’est au moment où les lumières s’éteignent que ses trois fidèles amis du collège lui susurrent à l’oreille “on va pisser et prendre des bières, on revient, attends là.” Ne voulant pas être uncool, Fernando répond un timide “oui ?” qui présage la suite de sa soirée de merde. Seul, l’air de chien battu, le cerveau brouillé comme un petit déjeuner britannique, il commence à paniquer et se demande bien combien de temps ils vont mettre. “Vont-ils réellement prendre le risque de louper le premier “thank you” de la soirée ???”, s’interroge-t-il, incrédule.

Le calvaire commence et ne s’arrête pas

Cinq minutes plus tard, ses potes ne sont toujours pas de retour. C’est l’angoisse. Fernando a des sueurs froides, il gémit, a soif, scrute derrière lui mais ne veut pas quitter sa place si chèrement acquise. Et là, le drame :

Le riff de “War Pigs” commence, un puissant all star band du metal anglo-saxon débarque sur scène et en quelques secondes, la fosse ne fait qu’un avec lui. Fernando est ballotté de gauche à droite par des inconnus, impossible de se dépêtrer du mouvement de foule qui tourne au pogo entre chauves. “Mais où sont-ils ??? D’habitude c’est Sébastien qui chante le premier refrain !!”, laisse-t-il échapper à voix haute, le corps presque à l’horizontale et la tête coincée sous une aisselle dégoulinante. Les minutes passent, le morceau s’achève, notre jeune ami est toujours seul. Il est en pleurs.

S’ensuit une sorte de “Greatest Hits live” des plus grands tubes metal, tandis que Fernando est à la limite du torticolis pour ne serait-ce qu’apercevoir, au loin, derrière, le pull à capuche MACHINE HEAD de son pote Vincent. Son calvaire ne s’arrête malheureusement pas là alors que le groupe harangue la foule : “Il nous faut un groupe de potes pour vider des bières sur scène pendant ce morceau ! Ceux qui crient le plus fort seront choisis !”

Malaise vagal pour Fernando, qui se reprend instantanément en regardant derrière lui l’air renfrogné. Le pit s’immobilise pendant quelques secondes, le temps pour lui de ressentir cette sensation de ralenti comme dans les films, un bullet time façon Matrix. Tout ça pour distinguer en slow motion un immense chauve vomir sur un autre chauve (plus petit) quelques mètres plus loin. Toujours aucune trace de son gang, si ce n’est au fond, au loin, très très loin, la silhouette floue de la Doc Martens de Sébastien…

Overkill

Les hits s’enchaînent, “Ace of Spades” avec Mikkey Dee aux fûts, “The Trooper” avec un Bruce Dickinson déchaîné, un medley des plus grands tubes de Slayer avec l’hologramme de Jeff Hanneman… Bref, rien ne manque. Sauf les potos de Fernando. Coincé dans tous les mouvements de la fosse, notre petit bonhomme n’a pas une seule occasion de se serrer par la nuque et headbanguer fraternellement avec son crew, comme ils l’ont fait ensemble 15 ans auparavant devant leur troisième concert de Watcha au Parc des Princes… Néanmoins, il pourra vous citer tous les mouvements appris cette soirée là : Braveheart, Wall of Death, Fist of Fury, Never Neverland, Chauve Qui Peut, Fais Attention Derrière Toi, The Book Of Love, et bien d’autres…

Le concert se poursuit et toujours désespérément seul, notre Fernando national, dépité, décide qu’il est temps d’arrêter les frais. Lui qui pensait passer une soirée douce-amère de nostalgie avec quelques frères de metal veut maintenant s’en aller. De rage et de tristesse, il est même prêt à se griller une autre cigarette menthol post-concert (c’est dire). Soudain il aperçoit François, transpiration au front, bières en main. “Fern’ !”, s’écrie-t-il, “Mais t’étais où ??” 

Mais avant même que Fernando ne puisse le prendre dans ses bras de soulagement, ni une, ni deux, Tony Iommi sur scène invoque un grand démon rouge qui se matérialise dans une gerbe de flammes au beau milieu de la fosse et de ses griffes découpe François en deux sous les applaudissements et les cris de joie d’un très grand nombre de chauves présents dans le public. Fernando est sur le point de craquer.C’est notre dernier morceau, il y n‘aura pas de rappel, donnez tout ce que vous avez !!!”, scandent alors les stars du metal.

Triste fin

Impossible pour F. de vivre ce moment qui n’arrive qu’une fois tous les millénaires sans ses copains. Tel Jonah Lomu, il plaque un à un les spectateurs qui plient comme des quilles molles et chauves devant la fureur du post-adolescent qui pousse un râle sans fin pendant cet ultime effort.

C’est alors qu’il aperçoit le trio restant de ses amis contre une vieille poutre à l’arrière de la salle, en train de s’esclaffer. “Bordel les mecs, vous étiez où ?? Venez, on va kiffer le dernier morceau!” hurle à leur adresse Fernando, réponse : “Hahahahaha mais c’est trop naze, t’es resté devant ? Ils jouent même pas du Deafheaven…”

Fernando ne les reconnaît plus, ça valait bien la peine de se retourner en premier lieu. Alors que le dernier solo s’évanouit dans les enceintes dans une tempête de puissants décibels ferrugineux, déprimé, il demande timidement : “On se partage une menthol ?” Approbation générale.

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